mart-e

La vie, Linux, la tartiflette...

On est foutu mais ça pourrait être pire

Plus on se renseigne sur la crise environnementale, plus on réalise l'ampleur de la tâche. Le mart-e à 15 ans était enthousiaste sur les panneaux solaires et les voitures électriques, imaginant un futur propre et renouvelable, qui sait, avec des voitures volantes ? Le mart-e à 35 ans hésite à installer des panneaux photovoltaïques sur son toit en connaissant l'impact de leur production et se demande s'ils ne participent pas à déstabiliser le réseau. Ça me semble une évidence que ma prochaine voiture sera électrique, mais je rêve plutôt d'un futur où mon prochain véhicule ne serait pas une voiture, un futur débarrassé de la voiture individuelle comme norme sociale.

Plus on s'informe, plus on se rend compte que ce sont des changements structurels dont nous avons besoin. Les petits gestes tels que manger bio, végétarien et zéro déchet ne suffiront certainement pas (ce qui ne les rend pas moins nécessaires). Il est illusoire de penser qu'on peut continuer avec notre système actuel de production et de consommation, une couche de peinture verte pour les détails. L'utopiste, c'est celui qui pense que l'on peut réduire durablement nos émissions en se basant seulement sur le progrès technologique et le remplacement des sources d'énergie fossile par des renouvelables. Il nous faut évoluer en profondeur : repenser l'alimentation, le logement, le travail, les modes de déplacements, les loisirs,… le tout en réduisant les inégalités grandissantes. L'écologie ne peut être une préoccupation de riches : la personne ayant du mal à joindre les deux bouts et obligée de vivre en banlieue par manque de moyen a d'autres préoccupations que de prendre un vélo pour aller au magasin bio.

Réveillez-moi quand le changement climatique est résolu

Quand on entend notre premier ministre ou le président du pays voisin déclarer qu'ils aimeraient faire une pause sur les nouvelles normes environnementales, on ne peut que ressentir de la colère. Comment peut-on parler de ralentir alors qu'on ne fait pas assez ?

Si l'on prend l'objectif souhaitable des accords de Paris de 2015, on devrait limiter la hausse de températures à +1.5°C par rapport aux niveaux préindustriels. En 2020, nous étions déjà à +1.2°C et les impacts du changement climatique sont bien visibles. Chaque année est plus chaude que la précédente, les incendies, sécheresses, inondations et autres catastrophes se succèdent. Le meilleur scénario va nous amener à encore plus de sécheresses et d'inondations et moins d'eau potable. Avec l'impact sur les populations que l'on peut imaginer : réfugiés climatiques, augmentations des inégalités, tensions entre et au sein des états,… Tout cela dans un monde où les énergies fossiles et la plupart des ressources essentielles se raréfient, augmentant encore plus les tensions. Comment éteindre un feu de forêt quand vous n'avez plus de pétrole pour faire voler des canadairs ou d'eau à puiser ? Comment lutter contre les famines quand vous ne pouvez plus produire d'engrais chimiques ? Comment extraire du cobalt de plus en plus profondément sans détruire les populations et les terres ?

On ne va pas se mentir, +1.5°C, ça va être la merde. Et ça, c'est le scénario optimiste.

Qu'est-ce que c'est +2°C ?

Si on en croit le CAT Thermometer, en se basant sur les promesses des états ou sur les actions réellement mises en place, on devrait osciller entre une augmentation de +2°C ou +2.7°C. Vous pouvez être le plus utopiste des capitalistes, les accords de Paris n'ont aucune chance d'aboutir.

Alors on fait quoi ? On se dit que tout est foutu et on baisse les bras ? De toutes façons, les gens ne changeront jamais. Comme disait GiedRé : Carpediem, on brûle la vie par les deux bouts. À quoi bon continuer à faire des efforts si on va de toute façon échouer ?

Parce qu'échouer, ce n'est pas binaire. Parce que chaque dixième de degré compte.

Limiter le réchauffement climatique à seulement +2°C au lieu d’1.5°C est irresponsable | Bon Pote

Échouer à +1.51°C n'est pas comparable à échouer à +2, +3 ou +4°. Une augmentation d'un demi degré cache un changement beaucoup plus grand que de passer de 23 à 23,5°C sur votre terrasse en été. Il s'agit d'une moyenne mondiale, été comme hiver, Antarctique comme Afrique, terre comme mer. Pour illustrer la différence entre ces températures, je vous conseille l'écoute de l'épisode du podcast Déclic le Tournant de la RTBF concernant la différence concrète entre un monde +1.5 et +2°C. Augmenter d'un demi degré, c'est passer d'un monde inconfortable à un monde instable.

Un monde à +2° ça ressemble à quoi? | Déclic - Le Tournant RTBF

Si vous préférez un média visuel et interactif, rendez-vous sur My Climate Future. Sur ce site, vous pouvez faire des simulations, en fonction de votre année de naissance, de l'impact des changements climatiques.

MyClimateFuture : How will I experience climate change?

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En faisant une simulation, on se rend vite compte que Alexander De Croo (1975) ou Emmanuel Macron (1977) vivant en Europe ressentiront assez peu l'impact du changement climatique de par leur âge. Que les actions prises nous mènent dans un monde à +1.5 ou +3.5°C importe peu. Par contre, à 35 ans, le dérèglement aura nettement plus d'impact sur moi : 8 fois plus de vagues de chaleur que la normale dans le meilleur des cas (+1.5°C). Mais surtout, ce risque augmente de 50% dans le scénario pessimiste (+3.5°C). Pour un jeune belge de 15 ans ("oui c'est bien d'aller manifester mais tu devrais te concentrer sur tes études d'abord !"), le risque varie du simple au double : entre 12 et 23 fois en fonction des actions prises. Pour une personne naissant en 2020 en Afrique subsaharienne, on parle de 37 à 67 fois plus de vagues de chaleur que la normale subsaharienne.

Je ne veux pas laisser tomber, pas parce que je suis optimiste sur l'avenir, je veux continuer parce que je veux un monde le plus viable possible, parce que je suis réaliste, parce que ça pourrait être pire.

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